Dans les jardins du Monastère de Solan

Initialement publié en septembre 2019

 

Le temps passé dans une cave à vin s’apparente parfois à une flânerie dans les rayons d’une librairie. On y a ses repères, ses valeurs sûres, ses auteurs vers lesquels on revient sans réserves, au risque d’être parfois déçu mais tant pis… Pour tenter une nouvelle aventure de lecture, on peut s’appuyer sur la parole d’un ami, ou l’impression laissée par quelques phrases piochées au hasard. Une bouteille, ça conserve une part secrète qui ne se dévoilera qu’une fois le bouchon ôté. Pour vous éclairer sur l’un de nos choix, nous vous emmenons aujourd’hui dans un lieu hors du temps où s’élabore patiemment chaque année la Cuvée St Martin du monastère de Solan.

Solan, c’est une colline et ses flancs, couverts d’une vaste forêt ainsi que d’une mosaïque de prairies, vergers, vignes et friches. Une soixantaine d’hectares soudés, entre Bagnols et Uzès, sur les contreforts orientaux des massifs cévenols. C’est ce lieu qu’a acquis aux termes de ses recherches, en 1992, une petite communauté de huit moniales orthodoxes issues du monastère St Antoine le Grand dans le Vercors. La parole enthousiaste de sœur Iossifia, notre guide, nous fait sentir que cet endroit fut pour elles plus “reçu” qu’acheté, tant il correspondait à leurs attentes.

Zones sauvages riches de toute la diversité qui peut s’y établir lorsque rien ne la dérange, mais également terres anciennement souffrantes, malmenées par la surexploitation viticole : la tâche allait s’avérer ardue pour mettre en place et pérenniser une activité capable de subvenir aux besoins essentiels du groupe. D’autant que la tendance du moment était plutôt de délaisser ces cailloux en leur déniant toute capacité nourricière. La raison et les amis les mieux intentionnés ne disaient rien d’autre, et prônaient la recherche d’une autre source d’activité. Bien que conscientes des réalités et peu enclines à s’engager dans des utopies sans issue, les sœurs ressentaient pourtant la forte cohérence entre une activité agricole vivrière et leur vocation.

L’histoire du monastère de la Protection de la Mère de Dieu, connu comme monastère de Solan, est faite de rencontres, toutes profitables, depuis celle avec les anciens propriétaires des lieux qui les ont aidées à s’installer en passant par celle, capitale, avec Pierre Rahbi, paysan-poète et penseur d’une agriculture rendue à la nature et aux hommes. Ce dernier a perçu le potentiel conjugué de l’endroit et de celles qui l’habitaient. Perpétuer ce qui existait ici, avec le choix du bio comme une évidence  : c’est ce dont le futur serait fait. Qui est devenu présent.

Aujourd’hui forte d’une petite vingtaine de moniales et aidée par l’association des Amis de Solan, qui vient prêter main-forte quand il le faut, la communauté a restitué la colline à la nature telle qu’on peut la rêver, celle où les hommes (en l’occurrence les femmes) collaborent sans s’imposer. La vie sauvage y est bien présente, parfois trop lorsque les sangliers ont soif de bons raisins. Autour de la production viticole centrale coexistent des productions maraîchères vivrières ainsi qu’un peu d’arboriculture (pommes, fruits à noyaux, figues, châtaignes…) pour la confection de conserves vendues à la boutique. Une activité de ruche qui, même si elle est aussi prière pour les sœurs, demande une organisation rigoureuse afin de ne pas empiéter sur la vocation première de chacune.

Le vin, au fait ! Si vous n’êtes jamais allé là-bas, vous ne connaissez que la cuvée St Martin rouge, qui est celle produite dans des quantités suffisantes pour la vente en gros et que nous sommes fiers de vous proposer. Comme le veut la tradition locale, la cuvée St Martin est un assemblage des cépages Syrah, Grenache, Cinsault, Carignan.
Plutôt que de rechercher une typi­cité forcée (classement “Vin de pays des Cévennes”), cette cuvée (comme tout le reste de la production) se veut, à travers la vinification et les méthodes culturales, l’expression de son terroir et des gens qui le font, comme un bon livre est celle de l’âme de son auteur. Parfois, nous avons la chance de recevoir un peu de cuvée Ste Catherine, un blanc de pays issu du cépage Vermentino, introduit pour compléter la gamme.

C’est cependant en vous rendant au monastère que vous pourrez découvrir les cuvées St Porphyre, fleuron de l’assortiment ; St Simon rouge, vinifié sans soufre ajouté ; Ste Sophie, blanc pétillant et St Ambroise rouge.

Tout n’est pas dit, bien loin de là… Il faudra, si rien ne vous presse et si vous voulez vous imprégner des lieux, faire une escale au 1942 route de Cavillargues sur la commune de La Bastide d’Engras.

Alain Poulet

Crédits photos : Chloé Martinot