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Clea cuisine | SAT'Info n° 119 - du 04/2012


Clea cuisine





Le safran


Il y a longtemps, j’avais consigné le safran dans mes carnets, en notant : « 3 filaments dans la pâte à brioche, donne une jolie couleur jaune ».
Et effectivement, à chaque brioche, j’ajoutais consciencieusement 3 filaments d’un safran qui séjournait depuis de nombreuses années déjà dans les tréfonds de mon placard à épices, sans trop d’ailleurs savoir s’il valait mieux le mettre en même temps que les œufs ou bien avec la farine - un peu comme un coup de baguette magique qui allait automatiquement autoriser ma brioche à se teinter d’un jaune tendre et profond. Je ne sais pas, au final, si ma brioche était plus jaune comme cela. Probablement pas, puisque je ne faisais pas ce qu’il fallait, en l’intégrant à la va-vite, sans infusion préalable. Toujours est-il que le goût et le pouvoir (magique) du safran m’étaient alors totalement inconnus. Or, un peu à la manière du renard du Petit Prince, le safran demande à être apprivoisé. Sans ça, il restera pour vous une épice parmi tant d’autres, alors qu’il peut être unique au monde…
Vous aussi, vous êtes nul (le) en safran ? Suivez le guide, le voyage vaut le détour.
Une fois le bagage (une boîte ou un flacon de safran) en main, nous allons commencer par passer à la monnaie locale. Comme on change les euros contre des yens, nous allons troquer nos cuillères à café pour des décomptes de pistils, de stigmates, ou de filaments. Les trois termes désignent les petits « fils » rouge orangé de safran qui nous intéressent.
Commençons avec une expérience gustative. La saveur du safran à proprement parler est assez complexe. Amère, comme celle de toutes les épices, elle tend vers le miel, avec des notes métalliques. Elle est indissociable de sa couleur : un jaune orangé profond et enrobant, qui nous transporte directement en Orient.
Disons-le tout net : ce n’est pas pour sa saveur en tant que telle que nous allons utiliser le safran : celui-ci ne révèle ses pouvoirs magiques que combiné à d’autres ingrédients. Ainsi, il fait office de pilier dans certaines recettes (la paëlla en est le meilleur exemple) : il est la clé de voute qui porte toutes les saveurs du plat, les enrobe et les transcende. Sans lui, point de paëlla. Avec lui seulement, point de paëlla non plus. Tout est question d’alchimie. L’affubler de l’étiquette « exhausteur de goût » serait probablement un peu réducteur, et c’est pourtant là son rôle le plus intéressant (et aussi le plus complexe à saisir) : le safran va porter les saveurs des autres ingrédients, les rendre plus intenses tout en les enrobant de sa note veloutée et de sa couleur. Frappant dans une simple purée de carotte à laquelle on aura ajouté un peu de safran infusé dans de la crème végétale : c’est à se demander si on avait déjà mangé des carottes avant ça…
L’infusion, parlons-en : c’est grâce à elle que nous allons apprivoiser notre safran. Nous ne sommes pas en voyage au pays de la poudre de curry cache-misère, nous embarquons pour une croisière dans laquelle la patience est un bagage indispensable. Car le safran est l’ennemi de la dernière minute. Plus vous aurez pris le temps de le laisser infuser, macérer, plus il pourra déployer l’étendue de ses possibilités. L’idéal est d’y penser la veille, et de le laisser infuser tranquillement, au réfrigérateur, dans une cuillerée de crème, de lait, d’huile, de bouillon, de jus de fruits, d’œuf, de vin, de thé… La liste des liquides ou semi-liquides utilisables est sans fin : pensez juste que le gras amplifie les arômes du safran, tandis que l’acidité les emprisonne.
Mieux vaut réaliser cette infusion à froid. Mais si l’on est pressé ou moins organisé, le safran est capable d’accorder son divin pardon et de se contenter d’une infusion d’une trentaine de minutes dans un liquide chauffé pour l’occasion. Le tout est de ne pas le brusquer : ne pas le porter à ébullition, ne pas le faire frire, ne pas le poêler si l’on veut en tirer le meilleur profit. On l’intègre donc le plus possible en fin de cuisson, dans son liquide de macération, pour un réchauffage express. Le meilleur exemple : un risotto crémeux, qui finit de cuire, auquel on ajoute une belle cuillerée d’infusion crème + safran, en même temps que du parmesan râpé.
Prêts ? Passons au taux de change local. Nous allons compter en filaments : ils sont petits, un peu entrelacés, ça fait du boulot. C’est aussi ce qui fait le charme de l’ingrédient. Disons que l’on va compter 2 filaments par personne, maximum 3. Pour une recette prévue pour 6 personnes, vous compterez donc 12 à 15 filaments. Vous voyez, la petite boîte va vous durer… un temps certain.
Dernière précaution technique avant l’embarquement : laissez tomber vos bols, cuillères et autres spatules en plastique ou en bois. Sauf si vous avez prévu un retour en tendance du jaune pour le printemps-été 2012 : le safran colore, et pas qu’un peu. Réservez-lui donc le métal et le verre.
Maintenant que vous allez vous lancer, deux écoles :
Piochez dans les recettes qui nécessitent traditionnellement l’utilisation de safran. Côté salé : paëlla, pilaf, risotto, bouillabaisse, tajine, chermoula, biryani, etc. Version sucrée : de nombreuses recettes de brioches (saffransbullar suédoise, cuchaule suisse, panettone italien), lassi (yaourt à boire à l’indienne) ou kulfi (glace à l’indienne). Vous pouvez également démarrer par deux grands classiques, toujours en les faisant précéder d’une infusion : la sauce crémeuse pour le poisson et la célèbre crème anglaise (20 filaments pour 1 litre).
Apprivoisez-le à votre façon, à l’exemple des recettes ci-après, qui n’ont rien de traditionnel. Mariez-le avec les viandes, les poissons, les légumes racines, les desserts riches en œufs et/ou contenant de l’eau de fleur d’oranger, le chocolat, ou encore les ravioles de Romans. Testez, comparez. Redécouvrez.

Boulettes de lentilles sauce safran

Pour 4 personnes : 12 pistils de safran - 1 cuillère à soupe de crème liquide de riz ou d’avoine
150 g de lentilles corail - 2 feuilles de laurier - 1 gousse d’ail - 1 cuillère à café ½ de cumin en poudre
150 g de pain complet - 2 cuillères à soupe de purée sésame ½ complet - 1 yaourt de brebis.

La veille, mettre à infuser le safran dans la crème au réfrigérateur. Le jour J, faire cuire les lentilles corail dans 2 fois leur volume d’eau, avec le laurier, la gousse d’ail pelée et coupée en deux, et 1 cuillère à café rase de cumin, pendant 20 minutes environ. Saler.

Au robot, mixer avec le pain émietté et la purée de sésame. Former 12 boulettes et disposer dans un plat à gratin huilé. Cuire pendant 20 minutes à 200 °C. Un peu avant la fin de la cuisson, battre la crème safranée avec le yaourt de brebis, une pincée de sel et une demie cuillère à café de cumin en poudre.

Servir les boulettes chaudes avec la sauce au safran.



Madeleines au safran, miel et citron bergamote

Pour 15 madeleines : 100 g de beurre doux - 70 g de miel liquide - 2 œufs - 30 g de sucre de canne blond
15 pistils de safran - 1 citron bergamote (Facultatif : 2 versées de cristaux d’huile essentielle bergamote)
120 g de farine de blé T65 ou T80 - 1 cuillère à café de poudre à lever.

La veille, placer le miel et le beurre dans une casserole et faire fondre sur feu doux. Battre les œufs avec le sucre. Ajouter le safran, le zeste du citron bergamote et une cuillère à soupe de son jus. Incorporer le mélange beurre-miel. Si on le souhaite, on peut ajouter deux versées de cristaux d’huile essentielle bergamote. Dans un grand saladier, mélanger la farine et la poudre à lever. Verser le mélange au miel à l’intérieur et bien mélanger. Réserver la pâte, bien couverte, au réfrigérateur pour la nuit (ou au moins une heure).
Le jour J, préchauffer le four à 220 °C. Disposer la pâte dans des moules à madeleines. Cuire pendant 8 minutes à 220 °C, puis baisser la température à 180 °C et cuire encore pendant 4 minutes. Laisser refroidir.



Crème de carottes safranée et ravioles

Pour 4 personnes : 12 pistils de safran - 20 cl de crème liquide d’amande - 6 grosses carottes - 2 échalotes
2 feuilles de laurier séché - 40 g de fromage de chèvre frais - 4 plaques de ravioles.


La veille, déposer les pistils de safran dans un ramequin et ajouter 1 grosse cuillère à soupe de crème liquide d’amande. Couvrir et placer au réfrigérateur. Le jour J, éplucher et couper les carottes en rondelles. Placer dans une sauteuse avec les échalotes pelées et coupées en deux et les feuilles de laurier. Ajouter un demi verre d’eau et cuire à couvert sur feu doux pendant 50 minutes. Oter le laurier et mixer les carottes, les échalotes et le jus de cuisson avec la crème au safran, le reste de crème liquide et le fromage de chèvre frais. On doit obtenir une purée fine et onctueuse. Replacer la purée sur feu doux. Faire chauffer de l’eau dans une grande casserole et cuire les ravioles pendant 1 minute à frémissement.
Egoutter délicatement. Servir la crème bien chaude avec les ravioles.





Petites crèmes safranées à l'amande et poire caramélisée

Pour 6 personnes : 12 pistils de safran - 400 ml de lait d’amande ou de riz - 1 cuillère à soupe rase d’arrow-root (ou fécule de maïs) - ½ cuillère à café d’agar-agar en poudre - 40 g de sirop d’agave
50 g de purée d’amande blanche - 1 grosse poire ou 2 petites.


La veille, faire infuser le safran dans une petite partie du lait. Le jour J, délayer l’arrow-root dans une casserole avec le lait restant. Ajouter l’agar-agar et porter à frémissement. Laisser cuire à frémissement, tout en remuant, pendant une bonne minute. Dans un grand bol (à bec verseur, si possible), délayer le sirop d’agave avec la purée d’amande et le lait safrané.

Toujours en délayant, incorporer progressivement le lait chaud. Verser dans 6 petits verres. Laisser tiédir, puis placer au réfrigérateur pour au moins 4 heures. Peler la ou les poire(s), ôter les pépins et couper en tranches. Saisir sur feu vif pour faire sortir leur jus, puis couvrir et laisser cuire sur feu doux pendant 10 minutes. Servir les crèmes bien froides, avec un peu de poires caramélisées encore tièdes.




Risotto de légumes printaniers

Pour 4 personnes : 1 bouillon cube aux herbes et aux légumes 
15 filaments de safran - 2 feuilles de laurier - 2 échalotes 
12 champignons de Paris - 15 g de beurre - 260 g de riz carnaroli - 300 g de petits pois (poids net, écossés) 12 petites asperges vertes - 40 g de parmesan - Sel, poivre.

La veille, porter 1L d’eau à ébullition. Ajouter le bouillon cube et le laurier. Une fois le bouillon dissout, couper le feu et ajouter le safran. Laisser reposer au réfrigérateur pendant une nuit. Réchauffer doucement le bouillon. Peler et hacher
les échalotes. Peler et émincer les champignons. Faire revenir dans le beurre, sur feu doux à couvert pendant 5 minutes. Ajouter le riz et remuer sur feu assez vif, jusqu’à ce qu’il soit translucide. Ajouter une louche de bouillon et les petits pois. Cuire en remuant et en ajoutant du bouillon à chaque fois que la louche précédente est absorbée (20 minutes environ). En parallèle, cuire les asperges au bain-marie ou à la vapeur. Lorsque le riz et les petits pois sont cuits, ajouter le parmesan, remuer puis ajouter les asperges. Remuer délicatement et servir.




Salade printanière au fromage de chèvre
et vinaigrette au safran

Pour 4 personnes : 1 verre (à moutarde) de petit épeautre - 8 filaments de safran - 1 cuillère à soupe d’huile au choix (olive, noix, noisette, germe de blé) - ½ orange - 1 cuillère à soupe de vinaigre de riz complet 
1 belle salade verte - 1 petit saladier de légumes de printemps : fèves, petits pois, pois mange-tout,
radis roses… - 1 à 2 petits chèvres frais.

La veille, faire tremper le petit épeautre dans une grande quantité d’eau. Placer le safran dans un ramequin, ajouter l’huile, filmer et placer au réfrigérateur. Le jour-même, égoutter le petit épeautre, le rincer, et le cuire dans 2 verres d’eau ½ pendant 45 minutes. Laisser tiédir à couvert. Sortir l’huile safranée du frigo, ajouter le jus de la demi-orange, le vinaigre et une pincée de sel. Préparer les légumes choisis : dérober les fèves, écosser les petits pois, équeuter les mange-tout et les radis, etc. Le cas échéant, cuire à l’eau bouillante salée pendant 5 à 8 minutes. Egoutter et laisser tiédir. Mélanger avec le petit épeautre. Laver la salade verte et disposer dans les assiettes avec le petit épeautre aux légumes, des légumes crus (radis, etc.), et du chèvre frais émietté. Napper de vinaigrette au safran.



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